Après un début d’hiver précoce, froid et neigeux, le brutal redoux a rapidement fait disparaître le manteau neigeux, même en montagne. Les températures sont devenues quasi printanières, mais il faudra encore patienter quelques semaines pour connaître le véritable réveil de la végétation. Dans cette attente, je vous invite à une petite excursion colorée au proche Champ du Feu.
Comme chacun le sait, le Champ du Feu constitue le point culminant du département du Bas-Rhin, à une altitude de 1099 mètres (certaines cartes lui attribuent même un flatteur 1100 m !). Le »sommet », où est implantée la tour construite en 1898 (photo 1) à l’occasion du 25ème anniversaire du Club Vosgien, se situe sur le territoire de la commune de Bellefosse , à quelques mètres du ban communal du Hohwald. La limite communale de Breitenbach se situe un peu en contrebas, au niveau du parking du téléski du Hochfeld (1072 m). La commune de Belmont , quant à elle, atteint 1090 m et englobe la station de la Serva , ainsi que la tourbière que ses habitants exploitèrent jusqu’au début du 20ème s. pour extraire ce combustible primitif et peu calorifique.
Le Champ du Feu constitue une entité géographique originale qui se présente sous forme d’un plateau d’altitude peu accidenté, partagé entre reboisements résineux (peu adaptés à ce biotope) et vastes pâturages. Ces derniers, ainsi que les lisières, constitueront le terrain de nos explorations naturalistes de ce jour. Le Champ du Feu constitue également le bastion septentrional des Vosges cristallines. La présence de terrains granitiques, l’altitude, un climat très arrosé (plus de 1 500 mm / an) et la présence des chaumes déjà évoquées lui confèrent un cortège végétal que l’on ne retrouve plus guère sur les sommets gréseux et boisés situés plus au Nord (Donon).
Chacun connaît les plantes les plus courantes qui y tapissent prés et lisières : la bruyère commune (Calluna vulgaris) dont la jolie et discrète floraison (photo 2) égaye l’automne, la myrtille (Vaccinum myrtillus) toujours activement cueillie (photo 3) pour la pâtisserie ou les confitures. Avant le « réchauffement climatique », on disait que sa maturité se situait ici vers le 14 juillet …
Parmi les fleurs banales, presqu’une « mauvaise herbe », la bugle rampante (Ajuga reptans) (photo 4) fournit cependant un abondant nectar, jusque tard en saison, à de nombreux insectes butineurs, dont pléthore de papillons qui fréquentent en particulier la prairie avant d’arriver à la tour.
Commune est également la bistorte (Polygonum bistorta) qui tapisse littéralement les zones humides (photo 5), tout comme plusieurs variétés de campanules qui persistent jusqu’à l’automne (photo 6). Bien plus rare est l’épervière à fleur orangée (Hieracium aurautiocum) dont les couleurs vives illuminent le bas-côté de la route qui descend vers la Serva (photos 7 et 7bis). La fin de l’été voit l’abondante mais éphémère floraison de l’épilobe en épi (Epilobium augustifolium) (photo 8) qui croît sur les lisières ou dans les coupes forestières, comme d’ailleurs la digitale pourpre (Digitalis purpurea) (photo 9), jadis collectée pour ses vertus médicinales (tonicardiaque). À Breitenbach, on la séchait sur le grenier de l’église !
Mais venons-en aux « petits trésors » locaux, dont deux espèces atteignent ici leur limite Nord dans le Massif Vosgien.
L’arnica (Arnica montana) est l’un des symboles de la flore vosgienne (avec la gentiane jaune qui n’est pas présente ici, ou a disparu par le passé). Cette belle et lumineuse « marguerite jaune » (photo 10) reste assez présente sur les prairies du Champ du Feu, malgré des cueillettes intempestives et menaçantes pour sa pérennité. Il y a peu, on récoltait encore les sommités florales pour les faire macérer dans l’eau-de-vie. La teinture ainsi obtenue servait en compresses pour soigner les traumatismes. Aujourd’hui encore, la molécule est utilisée en pommade et en homéopathie.
La pensée des Vosges (Viola lutea) (photo11) fait partie, comme son nom latin le trahit, de la grande famille des violettes. Le profane fera aisément la différence : nos violettes présentent 2 pétales supérieurs dressés et 3 autres orientés vers le bas, la pensée possède 4 pétales dressés et un seul dirigé vers le bas. On trouvera facilement sur place, le long des sentiers et de la route, les 3 variétés présentes dans l’ensemble du Massif Vosgien : la jaune, la bleue et la panachée avec nombre de nuances (photos 12,13 et 14).
Terminons la promenade par mes chères orchidées qui, elles aussi, seront faciles à trouver pour le promeneur attentif. Elles croissent en nombre dans les fossés, bas-côtés et talus de la route entre la tour et la bifurcation vers la Serva , ainsi que dans la tourbière longée par le sentier – piste de ski de fond. La listère ovale (Listera ovata) est banale, quoique discrète, car entièrement verte, y compris ses minuscules fleurons en forme de bonshommes suspendus (photo 15). Les deux platanthères (Platanthera chloranta et bifolia) sont également courantes, mais bien plus voyantes avec leurs fleurons qui semblent tirer la langue ! (photo 16) Mais la plus photogénique reste bien sûr l’orchis maculé (Dactylorhiza maculata, maculé, car ses feuilles sont tachées de noir) qui est très fréquente en juin – juillet, jusqu’entre les pieds d’arnica (photo 17). Sa fleur est assez variable, de par ses couleurs (du blanc pur (photo 18) au pourpre (photo 19)), le nombre réduit (photo 20) ou très abondant (photo 21) de ses fleurons et des motifs de leurs labelles.
Répétons-le, aucune cueillette ni déterrage ne sont admissibles ! Ce serait d’ailleurs inutile, car une orchidée ne survit pas à une transplantation. Il nous restera au printemps prochain à rechercher l’orchis grenouille (Coeloglossum viride), probablement présent mais non encore repéré ! Bonnes promenades !
Texte et Photos : C. Dirwimmer
christian.dirwimmer@estvideo.fr




























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Hubert Jaeger, le 21 janvier 2011
Félicitations…pour l’article et les photos…