Des envahisseurs à Breitenbach !

Les plantes ne sont pas immobiles et immuables… lorsqu’il le faut, ou lorsqu’elles en ont l’occasion, elles savent parfaitement se déplacer vers des biotopes favorables qu’elles ont parfois vite fait de coloniser. Leurs graines savent utiliser le vent pour essaimer, et l’Homme leur vient souvent volontairement ou involontairement en aide pour les aider à voyager. Leur adaptation et acclimatation dans un nouveau milieu est parfois fort ancienne. N’oublions pas que ce sont les Romains qui ont introduit le châtaignier en Alsace, en même temps que la vigne dont il produisait les échalas ! Sur les collines du Vignoble, c’est le robinier (alias acacia) qui tient ce rôle depuis son introduction d’Amérique au 19ème siècle.

Parmi ces très nombreuses plantes dites « invasives », Breitenbach possède deux espèces particulièrement spectaculaires que nous allons présenter aujourd’hui aux visiteurs de ce site.

LA  BALSAMINE  DE L’HIMALAYA

Balsamine © C. Dirwimmer


Les rives de nos cours d’eau ont sensiblement changé d’allure ces dernières dizaines d’années. Tout le monde connaît désormais l’invasion et les dégâts provoqués par la tristement célèbre RENOUEE DU JAPON, aux allures de bambou et dont le nom trahit l’origine géographique. Elle est souvent accompagnée par une autre invasive, certes un peu plus photogénique, la BALSAMINE DE L’HIMALAYA, alias Impatiens Glandulifera , qui colore de rose les automnes de nos ruisseaux ou des zones marécageuses. La Balsamine (dont il existe cependant une forme indigène, plus petite et à fleurs jaunes )a été introduite en Europe au 19ème siècle, peut-être pour sa fonction décorative certes réelle, ou alors par des apiculteurs en raison de ses qualités mellifères. Ses nombreuses, grandes et très esthétiques fleurs, blanches ou roses, fournissent effectivement un abondant nectar aux abeilles, en une saison tardive (de septembre aux premières gelées) où les autres floraisons sont rares….L’expansion de la Balsamine est favorisée par un mode de reproduction particulièrement spectaculaire et efficace que chacun pourra aisément observer. Cette faculté lui a d’ailleurs valu son second nom latin de NOLI  ME  TANGERE (« Ne me touchez pas ! »). La fleur donne en effet naissance à une capsule allongée, d’un beau vert brillant, qui, au moindre contact, se vrille et expulse ses graines à plusieurs mètres de distance ! Vous ferez l’expérience l’automne prochain, j’en suis sûr.

L’ANTHURUS  D’ARCHER

Anthurus d'Archer © C. Dirwimmer


Tout promeneur sensible aux beautés de la nature, tout cueilleur de champignons ou ramasseur de châtaignes a déjà rencontré et remarqué ce drôle de champignon qui est très fréquent en automne dans les taillis ou au bord des chemins. À Breitenbach, il abonde certaines années dans les châtaigneraies au-dessus du village. En étant quelque peu attentif, on remarquera tout d’abord une espèce d’oeuf, qui se dépliera ensuite en tentacules rougeâtres en forme d’étoile de mer, qui se décompose assez rapidement en matière visqueuse et nauséabonde, cependant appréciée par les insectes et gastéropodes. En France, ce champignon est apparu vers 1920 seulement, dans la région de St DIE – RAON L’ETAPE dans le département des Vosges tout proche de notre vallée. Son apparition, aux antipodes de son Australie natale, a laissé perplexes les mycologues chevronnés, qui ont tout de même réussi à émettre deux hypothèses crédibles. L’Anthurus serait arrivé, sous forme de spores bien sûr, dans les ballots de laine australienne filée dans les usines textiles vosgiennes, ou alors il aurait fait le voyage avec les chevaux ou le fourrage des troupes australiennes qui ont combattu dans les Vosges pendant la Grande Guerre ! Remarquable épopée de toute manière pour ce champignon qui, paraît-il, mais je n’ai pas goûté, serait comestible dans sa forme jeune…

Christian DIRWIMMER  (texte et photos)

christian.dirwimmer@estvideo.fr

Cet article a été publié Mercredi, 29 décembre 2010

1 commentaire pour “Des envahisseurs à Breitenbach !”

  1. anny schneider, le 25 janvier 2011

    Beau blogue , belles photos, bravo!
    Copine de votre frangine Julie, épatante slameuse d’ailleurs et chouette personne, je suis aussi auteure et herboriste au Québec.
    Je connais les plantes dont vous parlez . La renouée jap, est très invasive mais assez jolie et surtout elle contient beaucoup de resveratrol, puissant anti-oxydant  » Pour s’en débarrasser faut la bouffer… jeune en légume sinon en décoction ou Teinture dans le Schnaps.
    L’araignée rouge me rappelle des ballades avec mon papa cueilleur à Neuwiller et je me souviens très bien de son odeur pestilentielle.
    Merci de m’avoir rappelé de si beaux souvenirs. Paix et joie sur vous et notre belle Alsace!
    PS Sur facebook j’ai plein de belles photos de nature…

Déplier/Replier Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés avant de figurer sur le site.

Mention légale - Flux RSS - Propulsé par WordPress