Nous vivons décidément un hiver atypique ! Alors que nous sommes en plein mois de février, en principe le plus froid de l’année, les températures largement positives ont fait disparaître toute trace de neige, même en montagne. Cette douceur encourage toutefois à la promenade et à l’observation de la nature. On ne pourra pas rater les noisetiers, toujours en pleine floraison (photo 1) — j’ai même pu photographier des chatons mâles avec les restes des noisettes de l’automne dernier (photo 2) — et les premiers duveteux chatons des saules (photo 3).
Je voudrais toutefois vous emmener aujourd’hui observer de plus près des organismes qui nous entourent en abondance et auxquels on ne prête guère attention en général. Il est vrai que seuls la loupe et l’objectif photo macro permettent vraiment de saisir leur originalité et leur esthétique. Mousses et lichens, c’est d’eux dont il s’agit, prolifèrent dans beaucoup de milieux certes, mais pour bien les observer, je vous suggère une promenade sur le sentier qui mène du col du Kreutzweg (ancienne Maison Forestière communale) au sommet du Pelage (le Baylarsch des indigènes), et dont la partie supérieure se révèle très pittoresque entre gros blocs de granite et troncs séculaires.
Les mousses sont des plantes particulières, primitives, car dépourvues de racines et de tissus conducteurs. Cet embranchement végétal comprend des milliers d’espèces, présentes dans tous les milieux, avec une large préférence pour les endroits humides où elles ont la capacité de se réhydrater après entière dessiccation. Chez nous, on les trouvera sur le bois, mort ou vivant (truc de scout pour s’orienter : la face moussue d’un tronc d’arbre est exposée au nord ), sur les rochers ou au sol. Très esthétiques sont par exemple les petits coussinets joliment blottis dans les anfractuosités humides des rochers, dressant de graciles tiges fructifères dorées hautes de quelques mm (photos 4 et 5). Au sol, dans les fossés ou lieux marécageux, on en découvrira pléthore, aux couleurs parfois inattendues (photos 6 et 7), ou aux formes les plus diverses, arborescentes (photo 8) ou imitant la fougère (photo 9)… les variations sont presque infinies…
Les lichens, quant à eux, constituent une originalité dans le milieu naturel. Ce ne sont pas des végétaux, mais selon la jolie formule d’un naturaliste, un heureux mariage entre un champignon et une algue, car telles sont les deux composantes de cet organisme. On en connaît plus de 20 000 espèces, et comme les mousses avec lesquelles ils cohabitent souvent (photos 10 et 11), ils sont répandus sous toutes les latitudes, mais deviennent plus abondants avec l’altitude et vers les régions boréales où ils constituent une grande partie (jusqu’à 65 %) de la « végétation ». Très résistants ( ils supportent de -70° à + 70°), leurs utilisations sont très diverses : alimentation animale (pour les troupeaux de rennes et les caribous ) et humaine, médecines traditionnelles, teinturerie, parfumerie…
Sous nos latitudes, les lichens colonisent les mêmes milieux que les mousses. On en trouve en taches plus ou moins étendues et de diverses couleurs (blanc, gris, jaune, vert) (photos 12 et 13) sur les rochers (lichens crustacés). Les scientifiques, en particulier les historiens du climat, calculent leur âge grâce à leur vitesse de croissance et peuvent ainsi dater, par exemple, les fluctuations glaciaires. Les plus spectaculaires colonisent les branches d’arbre (photos 14 et 15), des forêts d’altitude jusqu’aux vergers et aux brindilles de sapin (photo 16). On les regroupe sous le vocable de « lichens fruticuleux » (Evernia prunastri par exemple).
Très coloré, d’un jaune orangé très vif, est le Xanthoria parietina, qui colonise en plaques diverses branches d’arbre, dont le noyer (photo 17). De très près, on distinguera ses organes fructifères (les apothécies) qui libèrent ses spores, en forme de cupules de 1à 4 mm de diamètre (photo 18).
Nous avons également trouvé un minuscule (1 à 3mm) lichen terrestre blotti au pied d’un rocher. Cladonia coccifera se distingue par ses « trompes » qui, à leur extrémité, portent ces mêmes apothécies d’une couleur rouge vif qui trahit sa présence (photos 19 et 20)… mais vous en trouverez bien d’autres !























Laisser un commentaire